Le WAIC 2026, tenu à Shanghai en juillet, a été l’occasion pour Xi Jinping de placer la Chine au cœur du débat sur la gouvernance et la coopération mondiales en matière d’intelligence artificielle. La conférence a servi de cadre au lancement de la World AI Cooperation Organization (WAICO), basée à Shanghai et réunissant 29 pays fondateurs.
WAIC : origine et évolution
Le World Artificial Intelligence Conference (WAIC) a été lancé en 2018, peu après la publication du New Generation Artificial Intelligence Development Plan du 20 juillet 2017. Le sommet a depuis suivi l’évolution des ambitions chinoises en matière d’IA et s’est inscrit dans la mise en œuvre, au niveau local, des stratégies nationales : Shanghai a publié des orientations en octobre 2017 puis un plan d’action pour 2019–2021 visant à faire de la ville un pôle d’innovation et à utiliser le WAIC comme plate-forme pour « organiser et rassembler des ressources d’innovation mondiales ».
Les antécédents politiques incluent le plan « Made in China 2025 » (State Council, 8 mai 2015), qui préparait le terrain en insistant sur des technologies intelligentes, puis les objectifs de 2020, 2025 et 2030 fixés par le plan national de 2017 pour faire de la Chine un centre majeur d’innovation en IA.
Une plateforme de gouvernance mondiale
Au fil des éditions, le WAIC est devenu un instrument de diffusion de la vision chinoise pour l’IA. Xi avait déjà adressé en 2018 une lettre félicitant la création du WAIC et appelant à une coopération internationale pour traiter les nouvelles questions juridiques, sécuritaires, éthiques et d’emploi posées par l’IA. En 2024, le WAIC a publié une “Shanghai Declaration” appelant au développement et à la sécurité de l’IA (4 juillet 2024). En 2025, un “Global AI Governance Action Plan” en treize points a été rendu public (17 juillet 2025), et l’idée de créer une organisation de coopération en IA avait été avancée.
La conférence a par le passé accueilli des intervenants de haut niveau tels que Jack Ma, Elon Musk, Henry Kissinger, Kai-Fu Lee, Geoffrey Hinton et Eric Schmidt. Musk est resté un participant de premier plan jusqu’en 2025. Toutefois, aucun de ces techniciens ou anciens responsables occidentaux n’était présent à l’édition 2026, qui a en revanche été ouverte par un discours du secrétaire général des Nations unies, António Guterres (17 juillet).
Le WAIC a parallèlement élargi sa portée publique : selon l’organisation, l’audience en ligne est passée d’environ 253 millions de téléspectateurs en 2020 à plus de 2 milliards en 2024.
2026 : avancées technologiques et annonces
L’édition 2026 intervient alors que des modèles développés par des entreprises chinoises gagnent en visibilité internationale. DeepSeek a publié en janvier 2025 son modèle R-1, et Moonshot AI a lancé la veille du WAIC 2026 son modèle Kimi K3 (Kimi, 16 juillet). Ces progrès technologiques ont renforcé la place de la conférence comme vitrine des dernières offres chinoises.
Lors de son allocution, Xi a promis de « soutenir davantage le développement mondial de l’IA et de promouvoir le renforcement des capacités mondiales en matière d’IA », notamment en offrant aux pays en développement 5 000 places dans des programmes de formation et des séminaires en IA (Xinhua, 18 juillet). Le WAICO, dont on sait encore peu de choses sur le fonctionnement exact, constituera un indicateur clé de l’impact et de l’expansion future de la vision chinoise de gouvernance de l’IA.
En près d’une décennie, le WAIC est passé d’une plate-forme destinée à promouvoir la politique intérieure chinoise en matière d’IA à un forum international visant à porter cette vision à l’échelle mondiale, et l’édition 2026 en marque un tournant institutionnel avec la création de la WAICO.

