L’essor de l’intelligence artificielle pousse les universités américaines à proposer massivement des cours aux non‑informaticiens, alors même que les inscriptions en informatique et les embauches de développeurs débutants fléchissent. De plus en plus d’établissements créent des mineures, exigences de diplôme ou formations pratiques pour fournir aux diplômés, quel que soit leur domaine, une littératie minimale en IA.
Intelligence artificielle : réponses rapides des universités
Les établissements adaptent rapidement leurs offres. Certaines universités, comme Virginia Commonwealth University (VCU), mettent en place des mineures en IA destinées aux étudiants hors informatique. Purdue University a instauré une nouvelle exigence de diplôme liée à l’IA. À Harvard, les cours d’écriture pour les primo‑entrants présentent le fonctionnement des grands modèles de langage et abordent des thèmes comme le droit d’auteur et la désinformation. Ohio State University impose une exigence de « fluence en IA » incluant des ateliers pratiques. Parallèlement, des diplômes de premier et second cycle centrés sur l’IA se multiplient.
Des départements d’informatique qui pivotent vers les non‑majors
Malgré un repli des inscriptions en informatique — en baisse de plus de huit pour cent au printemps 2025 dans les établissements de quatre ans, selon le National Student Clearinghouse Research Center — de nombreux départements voient affluer des étudiants d’autres disciplines souhaitant apprendre l’IA. Peter Stone, directeur du département d’informatique de l’University of Texas at Austin, explique: « Il faut la démocratiser. De la même façon que tout le monde a besoin d’un certain niveau en maths, lecture et écriture, je pense que tout le monde a besoin d’un degré d’alphabétisation en IA. »
À Northwestern, le nombre de majors en informatique a récemment commencé à diminuer après des années d’explosion de la demande. Le personnel du département, qui avait doublé pour y répondre, enseigne désormais davantage d’étudiants issus d’autres filières; l’université ajoute un major en IA, a simplifié les prérequis pour que les non‑spécialistes accèdent aux cours d’IA et de machine learning, et tente d’embaucher trois professeurs supplémentaires. La Bienen School of Music de Northwestern propose aussi un certificat en musique et intelligence artificielle.
Des initiatives concrètes et des formations rapides
Les changements vont vite, notamment dans les community colleges où les process d’approbation sont moins lourds. Un collège de la banlieue de Kansas City a ainsi proposé un cours non crédité de « vibe‑coding » pour apprendre à des non‑techies à créer des logiciels. Johnson County Community College propose un certificat en IA et prévoit des formations adaptées à des métiers précis, comme les ressources humaines ou la santé. Grant Carlson, coordinateur pour la formation professionnelle et la formation continue du collège, souligne: « Ce que fait l’IA, c’est réduire la distance entre un novice complet et un expert. »
À VCU, la conception et l’approbation d’un cours prenaient auparavant un an et demi; Andrew Arroyo, vice‑provost senior des affaires académiques, dit que l’université agit désormais en quelques mois, voire semaines. Un certificat universitaire en ligne en applied AI doit être ajouté cette année.
Exemples d’étudiants et d’enseignants
À VCU, Faith Maeba, 21 ans, étudiante en psychologie sans formation en codage, était réticente lorsque sa mère lui a suggéré des cours sur l’IA. En examinant des programmes de master en psychologie du travail — un domaine transformé par le machine learning — elle s’est finalement inscrite à une mineure en IA: « Cela me donne un avantage et me fait ressortir. »
D’autres étudiants rejoignent l’IA pour des raisons variées: Althea Pappas, étudiante en composition musicale, explore l’IA pour formuler des questions philosophiques telles que « que se passe‑t‑il quand nous créons une vie réelle, ou comment en tracer la distinction ? »; Makenzie Stovall, étudiante en biologie qui pense devenir neurologiste, est fascinée par l’idée que l’IA tente d’imiter le cerveau: « Si je vais essayer d’améliorer le cerveau des gens, pourquoi ne pas étudier l’IA ? »
Sur le terrain pédagogique, Eastern Mennonite University organisera un cours co‑enseigné par un professeur de musique et un informaticien, réunissant musiciens, artistes, théâtre, médias numériques et étudiants en mathématiques, informatique et génie électrique pour travailler à l’intersection art‑technologie. Benjamin Guerrero, professeur assistant de musique, relativise la disruption: « À mon sens, l’IA n’est pas plus perturbatrice que le tourne‑disque, la radio, le métronome, le synthétiseur ou l’ordinateur. »
Inquiétudes sur les compétences de base
Malgré l’engouement, des voix s’inquiètent. Murtaza Ali, doctorant à l’University of Washington spécialisé en éducation informatique, souligne que l’IA a réduit la courbe d’apprentissage, mais il redoute que l’usage d’outils qui écrivent le code « sous le capot » fasse que certains diplômés ne maîtrisent plus les concepts fondamentaux de leur discipline. Paul LeBlanc, chercheur invité à la Graduate School of Education de Harvard et ancien président de Southern New Hampshire University, note l’ampleur du défi: « Il est impossible de suivre la technologie, mais c’est vrai pour toute organisation dans le monde en ce moment. »
Les universités réorganisent donc leurs cursus pour offrir à la fois des compétences pratiques et un cadre critique, tout en accélérant la mise en place de formations adaptées aux besoins variés des étudiants et du marché du travail.

