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Intelligence artificielle

Physical AI : Israël mise sur la robotique comme nouvelle frontière

Le 8 septembre 2026 à Tel‑Aviv, le QG national de l’IA rattaché au bureau du Premier ministre a organisé la première conférence israélienne dédiée au “Physical AI”, visant à traduire l’expertise nationale en IA au‑delà des écrans et des logiciels vers la robotique et les systèmes autonomes.

L’événement, organisé en partenariat avec People & Computers, a rassemblé responsables gouvernementaux, industriels de la défense et de la technologie, investisseurs et géants mondiaux (NVIDIA, Intel, AMD, Deloitte, Microsoft) pour examiner l’articulation entre modèles d’IA et applications robotiques et autonomes. Des cadres d’entreprises israéliennes d’autonomie et de robotique — Innoviz, Beewise, Blue White Robotics, Pickommerce AI Robotics, LTX — ainsi que la direction liée à Israël de Shield AI, étaient présents.

Parmi les intervenants figuraient Brig. Gen. (res.) Erez Eskel, chef du National Headquarters for Artificial Intelligence au bureau du Premier ministre, et Lior Ben Horin, responsable du travail sur l’écosystème Physical AI de NVIDIA pour l’EMEA. Guy Altagar, vice‑président Physical AI à la direction nationale israélienne de l’IA, et Dov Moran, inventeur de la clé USB et associé gérant chez Grove Ventures, ont également pris la parole.

Physical AI : de la théorie à des infrastructures nationales

Les organisateurs ont présenté la thèse selon laquelle l’identité de la “Startup Nation” pourrait évoluer vers une « Edge‑Up Nation », déployant l’IA non seulement dans les logiciels mais « à la périphérie » du monde physique. Contrairement à l’IA générative, qui produit principalement de l’information, le “Physical AI” est conçu pour percevoir le monde, décider et agir : véhicule autonome, robot d’entrepôt, machine agricole ou drones et systèmes autonomes opérant avec une intervention humaine limitée.

L’IA en périphérie permet aux machines de prendre des décisions localement, réduisant la latence et maintenant le fonctionnement même en cas de connectivité limitée, plutôt que d’envoyer des données vers une infrastructure centralisée.

Dans le contexte israélien, ce concept trouve un lien évident avec le secteur de la défense, où drones, systèmes autonomes, capteurs, vision par ordinateur et edge computing sont développés et déployés depuis des années. L’attaque du 7 octobre et la guerre qui a suivi ont également accéléré la demande pour des systèmes opérant avec moins de dépendance aux opérateurs humains, aux liaisons de communication ou aux centres de calcul.

La stratégie nationale de l’IA, récemment approuvée, identifie explicitement « connecter le logiciel au monde physique » comme un des domaines où Israël cherche à établir un leadership global, en s’appuyant sur des capacités issues de ses industries de défense.

Cette stratégie passe déjà de la politique à l’action : en août, la direction a publié une Request for Information (RFI) pour explorer la création d’un National Physical AI Testing Ground, une infrastructure destinée à simuler des environnements réels complexes — autoroutes, hôpitaux, usines, fermes — afin d’accélérer les percées en robotique, edge computing et capteurs. Selon Guy Altagar, la RFI a attiré plus de 250 candidats, allant de grandes entreprises internationales à de petites startups. Il a dit vouloir « inviter de nombreuses entreprises de différents verticals, différents domaines d’expertise, à participer et nous aider à construire ce ‘kibbutz’, cet écosystème israélien » et a souligné l’ambition de faire évoluer la manière dont l’IA change la vie quotidienne.

Hila Khalil, vice‑présidente de la stratégie à la direction, a qualifié la conférence de « coup d’envoi » du plan Physical AI, annonçant la formation de communautés sectorielles et de centres de R&D dédiés.

Financement et défis industriels

La question du financement a occupé une place importante : la transition nationale du logiciel vers le Physical AI met en tension le modèle de capital‑risque israélien, traditionnellement centré sur des logiciels à forte efficacité capitalistique et cycles de revenus rapides. Le hardware exige davantage de capitaux, des cycles de développement plus longs et des capacités de production.

Un panel intitulé « Physical AI Needs Money: How Do You Deal With the Fear of It? », modéré par le Dr. Assaf Horowitz (vice‑président AI à l’Israel Innovation Authority), a réuni Orlie Sol Dahan Gruper (Robotics Factory), Dana Goldman Szekely (Greensoil Investments), Itay Rand (10D General Partner) et Adi Vagman (E44 Ventures). Ezra Gardner (CIO et cofondateur de Varana Capital et PDG de Gesher Acquisitions Co.) a souligné que « toutes les plus grandes entreprises cotées sont en réalité des entreprises de hardware » et a expliqué que les cycles d’investissement précoces peuvent rebuter les VC habitués à des trajectoires rapides de revenus. Il a conseillé aux fondateurs de ne pas promettre des revenus inexistants mais de trouver d’autres preuves de valeur.

Gardner a aussi observé que l’écosystème israélien disposait d’atouts pertinents, citant la présence historique d’acteurs comme Apple dans la sidérurgie de conception de puces et les projets de NVIDIA, qui prévoit notamment la construction d’un grand campus dans le nord du pays.

Selon l’Israel Innovation Authority, plus de 2 000 entreprises d’IA opèrent en Israël, dont 538 classées deep‑tech AI et environ 95 spécifiquement en robotique. En 2025, les entreprises core AI ont capté 35 % de l’investissement dans la tech israélienne, dans une année à 14,6 milliards de dollars, représentant une hausse de 30 % par rapport à 2024.

La conférence a été également le cadre, selon un représentant du bureau du Premier ministre, de discussions entre Anduril Industries et Shield AI — deux des plus grandes sociétés de defense‑tech dont la valeur combinée approche les 74 milliards de dollars — sur des stratégies et des collaborations potentielles.

L’événement visait ainsi à définir où Israël peut bâtir un avantage dans la prochaine phase de la course à l’IA, en transformant des capacités logicielles et de défense en solutions déployées dans le monde physique.

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