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Injectables : la montée du subcutané et de l’autoinjection

Les injectables évoluent rapidement : les formes sous‑cutanées gagnent du terrain face aux perfusions intraveineuses et l’autoadministration à domicile, notamment grâce au succès des traitements GLP‑1, bouleversent le marché pharmaceutique.

Injectables sous‑cutanés : substitution et gains pratiques

Le développement de livraisons sous‑cutanées pour des biomédicaments initialement administrés par voie intraveineuse est une tendance majeure des médicaments parentéraux. Outre le bénéfice pour le patient en termes de commodité, cette approche permet d’étendre ou d’améliorer le cycle de vie commercial d’un produit.

Plusieurs anticancéreux notables ont désormais une formulation sous‑cutanée en complément de l’administration IV. Exemple récent : Keytruda Qlex (pembrolizumab et berahyaluronidase alfa‑pmph), la version sous‑cutanée de Keytruda, approuvée par la FDA en septembre 2025 pour l’administration sous‑cutanée chez l’adulte dans la plupart des indications des tumeurs solides. Keytruda Qlex peut être administré par des prestataires de santé dans divers lieux (centres d’infusion, cabinets, cliniques locales) en une minute toutes les trois semaines ou en deux minutes toutes les six semaines, contre une perfusion IV de 30 minutes pour Keytruda. Keytruda/Keytruda Qlex ont réalisé 16,4 milliards de dollars de ventes combinées au premier semestre 2026, Keytruda Qlex contribuant à hauteur de 590 millions.

Johnson & Johnson a développé Darzalex Faspro (daratumumab et hyaluronidase‑fihj), première formulation CD38 sous‑cutanée approuvée pour le myélome multiple, initialement approuvée par la FDA en 2020 et désormais autorisée pour plusieurs indications. Les produits Darzalex ont généré 12,41 milliards de dollars de ventes pour les neuf premiers mois de 2026. Genmab, partenaire de J&J, perçoit des redevances sur les ventes mondiales de Darzalex et de sa forme sous‑cutanée dans le cadre d’une licence exclusive mondiale accordée à J&J.

Sanofi a obtenu en juillet 2026 l’approbation de Sarclisa Escena (isatuximab‑irfc) comme premier traitement anticancéreux sous‑cutané livré via un injecteur porté sur le corps. Sarclisa Escena, approuvé pour des indications en myélome multiple, peut être administré à la fois via un injecteur porté sur le corps et par administration sous‑cutanée manuelle. L’injecteur porté a été développé par Enable Injections avec sa plate‑forme enFuse ; l’appareil commercialisé pour Sarclisa Escena est le CirCLIQ d’Enable Injections.

J&J applique aussi la délivrance sous‑cutanée à Rybrevant Faspro (amivantamab et hyaluronidase‑lpuj), forme sous‑cutanée de Rybrevant. Rybrevant Faspro a été approuvé en décembre 2025 pour les adultes atteints de cancer du poumon non‑à‑petites cellules muté EGFR, y compris certaines mutations (délétion exon 19). En juillet 2026, la FDA a accordé une révision prioritaire pour une demande d’extension d’autorisation biologique (supplemental BLA) de Rybrevant Faspro pour une autre indication : carcinome épidermoïde de la tête et du cou récurrent ou métastatique. Les ventes mondiales cumulées pour Rybrevant et la thérapie combinée Leclaza/Lazcluze (lazertinib) se sont élevées à 546 millions de dollars pour les six premiers mois de 2026 ; la société ne ventile pas spécifiquement les revenus de Rybrevant Faspro.

Bristol‑Myers Squibb a lancé Opdivo Qvantig (nivolumab et hyaluronidase‑nvhy), approuvé en 2024 pour injection sous‑cutanée dans plusieurs indications de tumeurs solides. Son adoption reste modeste par rapport à la forme IV : Opdivo Qvantig a rapporté 67 millions de dollars au troisième trimestre 2026, contre 2,53 milliards pour l’Opdivo administré par perfusion IV.

Autoinjection et GLP‑1 : croissance du marché des injectables à domicile

Un autre moteur important du marché des injectables est le succès des médicaments GLP‑1 et apparentés pour le diabète de type 2 et l’obésité, l’indication obésité étant le principal contributeur de croissance. Ces traitements sont généralement auto‑administrés à domicile.

Parmi eux, Mounjaro/Zepbound (tirzepatide) d’Eli Lilly, qui active à la fois le GIP et le GLP‑1, est commercialisé respectivement pour le diabète de type 2 et l’obésité ; Zepbound est disponible en stylo autoinjecteur mono‑dose ou en KwikPen multi‑dose pour la gestion chronique du poids, et Mounjaro est formulé en stylo mono‑dose ou KwikPen pour le diabète. Novo Nordisk commercialise Ozempic/Wegovy (semaglutide) via des stylos préremplis pour la perte de poids et le diabète de type 2. Bien que Novo propose désormais des versions orales de Wegovy pour traiter l’obésité, et que Lilly ait un médicament oral pour l’obésité, Foundayo (orforglipron), un agoniste oral du récepteur GLP‑1 à prise quotidienne, ce sont les formes injectables qui ont préparé le terrain pour leur succès commercial.

Ces évolutions — substitution de l’IV par le sous‑cutané pour certains oncologiques et montée en puissance des injectables auto‑administrés pour les indications métaboliques — redessinent les options d’administration et influencent les revenus des laboratoires pharmaceutiques sans modifier les indications cliniques établies.

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