Quaise Energy a annoncé le 27 août la clôture finale d’un tour de table de 180 millions de dollars, dont 35 millions apportés par Nabors, pour financer le projet Obsidian en Oregon où un gyrotron à micro-ondes doit créer des puits dans des roches chauffées entre 300 °C et 500 °C afin d’établir la première centrale commerciale de géothermie superchaude au monde.
Le Series B s’élève à 180 millions de dollars, portant le financement total de la start-up à 280 millions depuis sa création. La première tranche de 134 millions, annoncée le 7 juillet, était conduite par Prelude Ventures avec la participation des Japonaises JERA et Idemitsu Kosan. Nabors Industries, l’un des plus grands foreurs du secteur pétrolier et gazier, a versé 35 millions et signé un accord stratégique : la société fournira une plateforme de forage terrestre dédiée et intégrera sa plateforme de modélisation de réservoirs, la conception des puits et sa stratégie de forage au projet.
Géothermie superchaude : principe et technologie
Le procédé repose sur un gyrotron, un générateur d’ondes millimétriques inventé pour chauffer le plasma dans des réacteurs de fusion. L’ingénieur Paul Woskov, du Plasma Science and Fusion Centre du MIT, a passé quatorze ans à tester l’idée de diriger ce faisceau vers le bas : ce sont des sources de faisceaux très puissantes, comparables à des lasers mais dans une autre gamme de fréquences. En pratique, le faisceau descend le long d’un guide d’ondes jusqu’au fond du puits et chauffe la roche au point de la faire fondre et vaporiser sans contact mécanique — il n’y a ni trépan rotatif ni dents en carbure qui s’usent. L’entreprise décrit le procédé comme une ablation de roche sans contact, ce qui, selon elle, contourne la défaillance des forages traditionnels face aux roches de plus en plus dures et chaudes.
Quaise indique avoir foré plus de 100 mètres dans du granite sur un site d’essai au centre du Texas et s’approcher aujourd’hui du kilomètre de profondeur sur ce même site, qu’elle présente comme la profondeur la plus importante atteinte par un forage sans contact. Le passage à plus de 5 km prévu en Oregon représente un saut substantiel que la société reconnaît dans son calendrier.
La logique de la géothermie superchaude diffère de la géothermie traditionnelle, qui exploite de l’eau chaude ou de la vapeur à des températures modérées près des volcans ou des failles géologiques. Ici, l’objectif est d’atteindre des horizons où la roche dépasse 374 °C et où l’eau devient supercritique, offrant bien plus d’énergie par kilogramme que la vapeur ordinaire. Une seule source superchaude peut ainsi produire plusieurs fois l’énergie d’un puits géothermique conventionnel. Quaise cible des roches entre 300 °C et 500 °C, à des profondeurs qui, dans la plupart des régions, dépassent 5 km.
Projet Obsidian en Oregon : site, phasage et capacités
La zone louée par Quaise se situe au sud du volcan Newberry, à la lisière du Newberry National Volcanic Monument : elle couvre 1 334 acres dans la Deschutes National Forest et présente un gradient géothermique d’environ 100 °C par kilomètre. Autrement dit, des températures qui ailleurs nécessiteraient 10 km de forage se trouvent à une profondeur bien moindre. Les réservoirs visés pour la phase I sont décrits à 315 °C et 365 °C.
Le plan publié en avril prévoit deux ensembles de puits, chacun composé d’un puits injecteur et de deux puits producteurs, et deux unités de production juxtaposées. La phase I doit fournir 50 MW, avec du courant attendu sur le réseau d’ici 2030 ; la phase II vise 250 MW, et la société évoque à plus long terme une échelle de l’ordre du gigawatt. Pour l’instant, les premiers puits utilisent un forage conventionnel pour traverser la couche superficielle : le gyrotron n’interviendra que pour atteindre la roche du socle plus chaude, ciblée à 365 °C.
L’entrée de Nabors dans le capital est jugée importante pour des marchés comme le Brésil : cette entreprise exploite des plateformes de forage sur plusieurs marchés, et le modèle combinant une plateforme conventionnelle pour la zone superficielle et un gyrotron pour la section superchaude pourrait fonctionner dans tout bassin sédimentaire à gradient favorable, sans dépendre d’un volcan. Le Brésil explore peu la géothermie, en partie parce que les roches chaudes sont rares en surface ; si la technologie se révèle efficace, la profondeur cesserait d’être un obstacle et il faudrait disposer de la plateforme, des équipes et d’un cadre réglementaire adaptés.
Anthony Petrello, président et CEO de Nabors, a résumé la logique en indiquant que la technologie des ondes millimétriques change la donne en atteignant des roches superchaudes à des profondeurs hors de portée des méthodes conventionnelles. Carlos Araque, CEO et président de Quaise, a évoqué le déverrouillage de « la source d’énergie propre la plus puissante du monde ».
Une comparaison historique rappelle les défis du forage profond : le forage superprofond de Kola, en URSS, commencé en 1970, avait atteint 12 262 mètres en 1989 avec un diamètre de 23 centimètres ; le projet a été stoppé par la chaleur — des températures dépassant 180 °C — et par le comportement plastique de la roche, puis abandonné en 1994 faute de fonds et d’outils capables de résister aux conditions.
L’idée de vaporiser la roche plutôt que de la gratter explique l’intérêt suscité : Kola a mis près de deux décennies pour atteindre 12 km dans une roche relativement « fraîche », alors que Quaise vise des roches trois fois plus chaudes. La société affirme que les ondes millimétriques ne sont pas affectées par la dureté ou la température de la cible ; c’est une promesse audacieuse, et l’entreprise doit encore démontrer que le faisceau reste stable et efficace au-delà des essais menés au Texas.

