Le président Xi Jinping a appelé vendredi à faire de la gouvernance et du développement de l’intelligence artificielle (IA) un effort mondial, en dénonçant ce qu’il a qualifié d’« étirement » excessif des préoccupations de sécurité nationale. Son discours d’ouverture, prononcé à la World Artificial Intelligence Conference de Shanghai, a placé la coopération internationale au cœur de la stratégie chinoise face à la montée des tensions technologiques.
Un appel à une gouvernance mondiale de l’IA
Xi a insisté pour que « le développement de l’intelligence artificielle ne soit pas une performance solo d’un seul pays, mais plutôt une symphonie de coopération mondiale », estimant que la sécurité nationale ne doit pas être instrumentalisée pour limiter l’accès aux technologies. Il a réitéré la position de Pékin selon laquelle les restrictions menées par les États-Unis, qui ont limité l’accès chinois à certaines technologies de pointe, nourrissent la rivalité entre les deux économies majeures.
Une organisation mondiale et des partenariats élargis
Lors du sommet, 29 pays — parmi lesquels le Pakistan, la Russie et le Kazakhstan — ont signé un accord pour créer une World Artificial Intelligence Cooperation Organization, une structure intergouvernementale basée à Shanghai destinée à promouvoir la gouvernance internationale de l’IA. Xi a annoncé l’élargissement de la coopération chinoise avec des blocs régionaux et pays en développement : ASEAN, Ligue arabe, Union africaine, CELAC, l’Organisation de coopération de Shanghai et les pays BRICS. Pékin proposera l’accès à un outil météorologique IA à 30 pays et offrira 5 000 formations en IA aux pays en développement sur cinq ans.
Rivalité technologique : Pax Silica et dialogue sino-américain
La nouvelle initiative peut être lue comme la réponse de la Chine à l’initiative menée par les États-Unis baptisée Pax Silica, axée sur la sécurisation des chaînes d’approvisionnement IA avec des alliés. Après la visite en mai du président américain à Pékin, Beijing et Washington ont convenu d’engager un dialogue sur le développement et la gouvernance de l’IA, une démarche évoquée au cours de la conférence.
Percées des modèles chinois et réactions du marché
La conférence a été marquée par la présentation d’un nouveau modèle chinois, Kimi K3, par la start-up Moonshot, qui a surpris l’industrie américaine par ses performances. Selon des classements indépendants cités lors de l’événement, K3 se classe en tête sur des mesures de capacité de codage front-end et rivalise avec les meilleures versions d’Anthropic et d’OpenAI. Des observateurs estiment que cette sortie marque un tournant pour les modèles open source chinois ; d’autres jugent la réaction excessive. Le modèle GLM‑5.2 de Zhipu (Z.ai), sorti récemment, est déjà largement utilisé par des développeurs. Le prix d’utilisation de K3 est le plus élevé observé pour un modèle chinois à ce jour, mais resterait, selon un rapport de Bank of America, environ deux fois moins cher que le modèle GPT‑5.6 Sol d’OpenAI.
Matériel, écosystème et présence internationale
La conférence a aussi servi de vitrine pour le matériel national : Huawei a présenté le système de calcul AI Atlas 950 SuperPoD, illustrant les progrès de la Chine pour développer une chaîne matérielle domestique en dépit des restrictions américaines sur certains composants. Plus de 1 100 entreprises et 1 400 invités participent à l’événement, auquel assistent notamment les dirigeants du Kazakhstan, du Cambodge et de la Thaïlande, ainsi que le secrétaire général de l’ONU.
La direction prise par Pékin illustre la double stratégie du pays : affirmer son rôle de partenaire pour le « Sud » global et accélérer l’autonomie technologique domestique. La conférence laisse transparaître une

