Du 17 au 20 juillet 2026, la World AI Conference & High‑Level Meeting on Global AI Governance s’est tenue à Shanghai. Le président chinois Xi Jinping a assisté à la cérémonie d’ouverture et prononcé un discours‑cadre sous le thème “AI Partnership for a Brighter Future”, marquant la volonté de la Chine d’être plus qu’un simple marché d’applications et d’avoir un rôle dans l’élaboration des règles qui encadreront le futur de l’intelligence artificielle.
La montée en puissance technologique de la Chine dans l’intelligence artificielle
Les intervenants et données présentés lors de la conférence ont souligné l’évolution du pays : la valeur de l’industrie de base de l’IA en Chine a dépassé 1,2 billion de RMB en 2025, avec plus de 6 200 entreprises spécialisées, et le nombre d’entreprises d’IA a dépassé 6 600 en 2026, soit 15 % du total mondial. Certains médias internationaux ont également relevé le rapport coût‑performances exceptionnel des start‑ups chinoises, capables de développer des systèmes haute performance à une fraction du coût de leurs homologues occidentaux.
La Chine a par ailleurs pris une place importante dans l’open source : la plupart des modèles open source hautes performances proviendraient aujourd’hui de Chine, et les téléchargements cumulés mondiaux de grands modèles open source ont dépassé 10 milliards. Des entreprises technologiques internationales ont intégré ces modèles dans leurs architectures, signalant un déplacement de la Chine du statut de “suiveur” à celui de hub majeur pour l’innovation et le développement de l’IA.
Gouvernance, coopération et mesures d’inclusion
Dans son discours, Xi Jinping a présenté quatre propositions structurantes pour la gouvernance mondiale de l’IA : “préserver l’ouverture et la coopération gagnant‑gagnant”, “renforcer la conscience des risques”, “encourager l’inclusivité” et “favoriser la solidarité et la collaboration”. La manifestation la plus significative en matière de gouvernance a été la création à Shanghai de la World Artificial Intelligence Cooperation Organization (WAICO) : le 16 juillet, des représentants de 29 pays ont signé l’accord constitutif au Shanghai World Reception Hall, en présence du secrétaire général de l’ONU António Guterres.
Les promoteurs présentent WAICO comme une réponse aux demandes des pays du Global South et comme un mécanisme permanent visant à concilier développement et sécurité, ouverture et inclusivité, équité et accessibilité. Après la conférence, TICON Africa a estimé que WAICO pourrait ouvrir de nouveaux canaux pour former des talents en IA et bâtir des infrastructures numériques sur le continent, tandis que des responsables d’Asie du Sud‑Est ont dit espérer que la plateforme favoriserait des technologies multilingues et des projets d’agriculture intelligente.
La Chine a annoncé des mesures concrètes pour réduire la fracture numérique : 5 000 places dans des programmes spécialisés de formation à l’IA pour les pays en développement sur cinq ans ; la création de centres internationaux de coopération en applications de l’IA pour des organisations régionales dont l’ASEAN, l’Union africaine et les BRICS ; et la promotion du déploiement de la solution météorologique d’alerte précoce « Mazu » dans 30 pays.
Des initiatives régionales se dessinent déjà : l’Asie du Sud‑Est mise sur des technologies multilingues pour la transformation agricole, des start‑ups d’Amérique latine exploitent des modèles open source pour développer des applications localisées à faible coût, et des délégués africains ont souligné que la coopération se fonde sur l’égalité, visant à renforcer les capacités technologiques locales et des projets de vie quotidienne (prévention des risques météorologiques, santé intelligente) plutôt qu’un transfert technologique unilatéral.
Obstacles réels : infrastructure, dépendance et rivalités
La conférence a aussi mis en lumière des frictions profondes. Le premier obstacle est l’écart d’infrastructures : selon le Microsoft 2025 AI Diffusion Report, l’adoption de l’IA générative était d’environ 24,7 % dans les pays et régions du Global North contre 14,1 % dans le Global South au second semestre 2025. De nombreux pays en développement font face à des contraintes d’électricité, de connectivité et de compétences numériques ; même avec des modèles légers, maintenir des systèmes fiables dans des conditions physiques très contraintes reste un défi d’ingénierie important.
Le deuxième risque est une nouvelle forme de dépendance technologique : si les pays en développement restent cantonnés à la couche applicative et ne construisent pas un écosystème autonome d’algorithmes fondamentaux et de données locales de qualité linguistique, ils peuvent devenir une nouvelle génération de “dépendants numériques” malgré l’essor de l’open source.
Enfin, le contexte géopolitique pèse : les efforts de partage technologique se heurtent aux divergences de philosophies de développement et aux priorités sécuritaires. Lorsque certains États cherchent la sécurité en traçant des frontières technologiques, les coûts et la résistance à la coopération augmentent. Le tiraillement constant entre partage ouvert et barrières défensives met le consensus mondial sur la gouvernance à l’épreuve.
La conférence a aussi souligné des initiatives détaillées, de la publication d’un Action Plan for AI Cooperation and Development au lancement de modèles de pointe tels que Kimi K3. Sous la bannière “AI Partnership for a Brighter Future”, le sommet a montré un pays cherchant à remodeler les règles et à fournir des biens publics numériques. Mais les déclarations seules ne rendent pas l’IA inclusive de manière définitive : lorsque l’ouverture bute sur des barrières techniques et que l’inclusion se heurte aux rivalités géopolitiques, l’épreuve du réel commence seulement. Seule la confrontation et la conciliation de ces tensions permettront, selon les participants, que l’IA serve le bien‑être humain plutôt que de creuser les divisions.

