Le capital‑risque est passé de petites mises à des paris gigantesques : jusqu’à présent cette année, les tours de financement de 1 milliard de dollars et plus ont absorbé la majorité des fonds destinés aux startups dans le monde, selon les données de Crunchbase. À l’échelle mondiale, environ 60 % du capital — soit près de 320 milliards de dollars — est allé à des tours à un milliard de dollars et plus, tous stades confondus. Aux États‑Unis, ce phénomène est encore plus marqué : 73 % des financements ont été captés par ces mégatours, avec 290 milliards de dollars investis, et seulement deux financements pour des développeurs d’IA représentant à eux seuls plus de la moitié de cette somme.
Pourquoi les levées à un milliard dominent désormais le financement
Les chiffres d’ensemble reflètent à la fois des chèques plus lourds et une plus grande fréquence de ces opérations. Rien qu’aux États‑Unis, Crunchbase recense 23 tours connus d’un milliard de dollars ou plus cette année, plaçant 2026 sur une trajectoire comparable à 2025, année record, alors que plusieurs mois restent à courir. Ces mégatransactions ont été un facteur majeur de la hausse record des totaux mondiaux de financement pour le premier semestre.
Qui reçoit les plus gros chèques
Les tours à un milliard de dollars correspondent majoritairement à des financements de stade avancé ou à des investissements corporates. Seuls deux des tours à un milliard de dollars cette année — Prometheus et World Labs — ont été classés comme amorçage ou en phase précoce, selon Crunchbase. Au sommet, deux entreprises d’IA dominent les totaux américains : OpenAI et Anthropic. Leurs levées, chacune exceptionnellement importante, représentent ensemble plus de la moitié des investissements américains dans les tours à un milliard à ce jour.
Leçons issues de la première vague de mégatours
Le phénomène des levées à un milliard est relativement récent. Le premier exemple américain dans les archives de Crunchbase est le Series D de 1,2 milliard de dollars d’Uber en 2014. Entre cette date et la fin des années 2010, un petit nombre d’entreprises — dont SpaceX, Airbnb, Lyft, SoFi, Snap, Grail, WeWork, Fanatics et Argo AI — ont obtenu des tours à dix chiffres. Beaucoup de ces sociétés sont ensuite entrées en Bourse et ont atteint des valorisations bien supérieures à leurs niveaux privés : SpaceX, Uber et Airbnb sont souvent citées comme des réussites marquantes dans les reportages publics. D’autres ont connu des trajectoires plus difficiles : Argo AI et WeWork ont rencontré des difficultés après leurs méga‑financements, et le parcours de Grail a été inégal. Fanatics est restée privée et continue d’opérer à grande échelle.
La nouvelle ampleur du risque et du rendement
Les investisseurs ont appris des premiers mégatours que concentrer des sommes exceptionnellement élevées sur des licornes reconnues peut générer des retours disproportionnés, mais comporte des risques importants. Dans le cycle actuel, la question du risque par rapport au rendement s’est amplifiée : OpenAI et Anthropic ont attiré des tours se chiffrant en dizaines de milliards, et l’on évoque désormais des opérations dépassant la barre des 100 milliards de dollars. Les deux sociétés ont déposé des documents confidentiels en vue d’une introduction en Bourse, une étape qui pourrait à court terme clarifier le rendement de ces investissements historiques.
La montée des tours à un milliard a modifié la physionomie du capital‑risque : un nombre réduit de financements massifs engloutit désormais la part du lion des dollars d’investissement rapportés. Reste à savoir si cette concentration produira des gagnants plus réguliers ou amplifiera la volatilité du marché — la réponse dépendra des sorties en Bourse et de la performance à long terme des entreprises à l’origine des plus grosses levées de cette année.

