Le président chinois Xi Jinping a livré le 17 juillet à Shanghai une intervention majeure sur l’avenir de l’intelligence artificielle (IA), son premier discours en personne à l’ouverture de la World AI Conference depuis 2018, prononcée un jour après la signature par 29 pays de l’accord créant la World Artificial Intelligence Cooperation Organisation (WAICO), nouvel organisme intergouvernemental basé à Shanghai. La allocution — suivie par des représentants de plus de 100 pays et organisations, dont le secrétaire général de l’ONU — plaide pour une approche ouverte, multilatérale et tournée vers le développement pour l’IA.
## Un message clair contre la logique de « course »
Xi Jinping a opposé à la logique américaine, résumée selon le contenu fourni par la stratégie « Winning the Race », un modèle fondé sur « open source, openness, collaboration and sharing ». Il a dénoncé l’idée selon laquelle l’IA devrait être un instrument de suprématie nationale, appelant à ne pas « surélever le concept de sécurité nationale dans le domaine de l’IA » ni à sacrifier la sécurité d’autres pays à celle d’un seul État. Sa métaphore — « une seule corde ne fait pas de musique, un seul arbre ne fait pas une forêt » — vise à illustrer l’idée d’une gouvernance collective plutôt que d’une compétition exclusive.
## WAICO : institutionnaliser une alternative multilatérale
La création de la WAICO, annoncée la veille du discours, incarne la traduction institutionnelle de ce propos : un cadre international destiné à associer en particulier des pays du Global South à l’élaboration de règles et de normes. Parmi les membres fondateurs cités figurent des pays comme Cuba, Éthiopie, Kenya, Laos, Pakistan, Brésil, Indonésie et Venezuela. La présence du secrétaire général de l’ONU lors de la signature a été mise en avant comme un marqueur symbolique de légitimité.
## Des engagements concrets pour le Sud
Xi a assorti son discours d’annonces chiffrées destinées aux pays en développement : 5 000 opportunités de formation en IA sur cinq ans, la création de centres internationaux de coopération en application de l’IA avec des organisations régionales (ASEAN, Ligue arabe, Union africaine, CELAC, SCO et BRICS), et la mise à disposition du système météorologique prédictif MAZU à 30 pays. Ces mesures s’inscrivent dans la volonté affichée de réduire les fractures numériques et d’éviter « une nouvelle injustice historique » liée à la diffusion de l’IA.
## Un modèle économique et social contrasté
Le discours a aussi dressé le contraste entre deux logiques : d’un côté, un modèle dominé par de grandes entreprises et des logiques de profit et de sécurité nationale ; de l’autre, selon Xi, une « économie socialiste de marché » orientée vers des bénéfices sociaux — emplois, services sanitaires, applications industrielles — et le maintien du contrôle humain sur les systèmes. Le texte cite des exemples d’applications nationales, comme des outils de dépistage médical et des programmes industriels intégrés, sans apporter de données supplémentaires en dehors des annonces officielles.
## Gouvernance, normes et standards : la voie de la « multilatéralité vraie »
Xi a réaffirmé l’importance d’un cadre gouverné par la concertation internationale et le rôle central des Nations unies pour élaborer des normes techniques, éthiques et réglementaires. Il a rappelé que l’initiative s’insère dans une série d’initiatives globales présentées par Pékin ces dernières années, visant à promouvoir coopération, développement, sécurité et échanges civilisationnels autour des technologies émergentes.
L’allocution de Xi Jinping et la mise en place de WAICO dessinent une alternative diplomatique et institutionnelle claire à l’approche portée par Washington. En proposant des outils concrets pour la formation et la coopération régionale, Pékin mise sur la diffusion et l’accessibilité de l’IA comme levier de politique étrangère et de gouvernance globale.
Au-delà des discours et des annonces,

