L’intelligence incarnée gagne du terrain dans l’industrie, les commerces et la vie domestique, portée par des démonstrations spectaculaires et des chiffres officiels en forte hausse. Entre janvier et mai 2026, les recettes du secteur ont bondi de 22,4 % en glissement annuel, après une croissance de 13,9 % sur l’ensemble de 2025, tandis que les achats industriels de robots à intelligence incarnée ont plus que triplé sur la même période.
## Des démonstrations pour montrer la transition vers des « collègues » robotiques
Au salon World AI Conference 2026 à Shanghai, des stands ont mis en scène ce passage de l’outil à l’acteur autonome. Shanghai TARS Robotics a installé une ligne d’assemblage factice où des robots empilent batteries, fixent lampes frontales et routent des câbles, illustrant la capacité des machines à percevoir leur environnement et à s’adapter sans supervision constante. Dans un autre espace, Fourier a présenté « A Day with the Robot Butler », un décor de salon où son humanoïde GR‑3 exécute des tâches — repérer une bouteille, planifier un trajet et la remettre à un visiteur — sur la seule base d’instructions naturelles.
Le GR‑3 repose sur un « hub » d’exécution sémantique qui intègre grands modèles de langage, cartographie 3D, planification de navigation et exécution du contrôle via la plateforme centralisée FOCUS de Fourier. Cette architecture vise à fermer la boucle entre cognition et action physique, et à permettre la coordination en temps réel : lorsque deux robots se croisent, la priorité est attribuée selon l’urgence de leur mission pour éviter les collisions.
## Chiffres et objectifs publics: une stratégie d’État
La montée de l’intelligence incarnée s’accompagne d’une stratégie nationale affichée. Le secteur a été intégré pour la première fois à la feuille de route industrielle à moyen et long terme dans la proposition 2025 pour le 15e Plan quinquennal, puis cité en 2026 comme nouveau moteur de croissance. Un document du Conseil des affaires d’État fixe des objectifs ambitieux : le taux d’adoption des terminaux intelligents de nouvelle génération et des agents d’IA doit dépasser 70 % d’ici 2027 et 90 % d’ici 2030.
À l’échelle locale, Shanghai vise le déploiement de 100 000 robots humanoïdes en milieu industriel d’ici la fin de la période du 15e Plan (2026‑2030), et attend que l’adoption d’agents d’IA dépasse 80 % dans les grandes entreprises industrielles.
## Des usages grand public qui attirent l’œil
La démocratisation se manifeste aussi dans l’espace commercial. Unitree Robotics a ouvert une boutique-expérience à Shanghai, attirant familles et touristes par des démonstrations de robots humanoïdes et de chiens robots capables de grimper, sauter et enchaîner des mouvements fluides. La petite vitrine de 100 m² expose des modèles destinés au grand public — G1, R1 et Go2 — et offre une première expérience tangible d’appareils qui pourraient, à terme, entrer dans les foyers.
Un visiteur cité sur place, Alex Butler, a souligné l’aspect spectaculaire : il trouve les chorégraphies des humanoïdes « très réalistes » et les considère comme une étape importante pour la robotique humanoïde.
## Réalité économique et limites technologiques
Plusieurs spécialistes tempèrent toutefois l’enthousiasme. Zhou Aimin, doyen de l’Institut de l’IA pour l’éducation de l’Université normale de Chine orientale, observe que la

