NG Solution Team
Intelligence artificielle

Ouverture de l’IA : la Chine n’est pas aussi ouverte qu’elle le prétend

L’ambassadeur Zheng Zeguang salue à juste titre la mise à disposition de modèles d’IA ouverts et des laboratoires chinois derrière Qwen, DeepSeek et Kimi ont joué un rôle moteur, notamment en proposant des modèles capables de tourner sur du matériel modeste utile aux pays en développement. Mais l’affirmation selon laquelle l’ouverture définirait le développement de l’IA en Chine mérite d’être nuancée, écrivent deux universitaires.

Ouverture de l’IA : ce que montrent GeoGPT, EVE et OLMo

Prof Paul H Cleverley souligne que GeoGPT, un système de géosciences développé par Zhejiang Lab et présenté au World AI Conference du mois dernier comme un exemple de science ouverte et de gouvernance conjointe, est promu comme « ouvert » alors qu’il ne satisferait pas, selon le « model openness framework » recommandé dans un récent rapport de l’ONU, aux critères d’ouverture. GeoGPT publie des poids de modèle (construits principalement sur Alibaba Qwen, dont les licences ne sont pas Open Systems Interconnection-compliant), mais ne diffuse ni les données d’entraînement ni le code source des applications, et son comité de gouvernance est subordonné à Zhejiang Lab.

Cleverley oppose à cela des exemples plus fermes d’ouverture : l’European Space Agency avec Earth Virtual Expert (EVE) publie ses outils d’entraînement et d’évaluation, et l’ONG américaine Ai2, avec OLMo, va jusqu’à publier tout le nécessaire à la reproductibilité. Pour lui, la distinction est importante : un service hébergé gratuit n’est pas pour autant un service « ouvert ». Les utilisateurs de GeoGPT font transiter leurs données sous la juridiction légale de la Chine, ce qui crée des risques de dépendance et de souveraineté.

Il ajoute que ces problèmes ne sont pas uniques à la Chine : le modèle privé d’entreprise aux États-Unis soulève des préoccupations similaires. Si le Royaume-Uni veut tirer profit de la coopération proposée par l’ambassadeur, il devrait exiger des normes partagées d’ouverture, comme le « model openness framework » recommandé par l’ONU, et privilégier une mesure honnête de l’ouverture plutôt que le seul langage diplomatique.

Quel modèle d’IA pour la Grande-Bretagne ?

Dr Claire Jenkins rappelle que la Grande-Bretagne ne peut se contenter d’être une consommatrice passive d’IA pendant que les technologies sont façonnées par les États-Unis et la Chine. La vraie question, selon elle, est le type d’IA que le pays souhaite développer. Les atouts britanniques ne se réduisent pas aux universités de recherche ou au secteur des sciences de la vie : le NHS, les institutions publiques et une longue tradition de réflexion éthique offrent une base pour concevoir une IA fiable, transparente et orientée vers l’intérêt public plutôt que vers l’avantage commercial.

Le secteur de la santé illustre les promesses et les risques : l’IA peut alléger les tâches administratives, améliorer les diagnostics et élargir l’accès aux soins, mais la confiance du public dépend d’une gouvernance solide, d’une supervision humaine significative et de garanties que les données patients servent les citoyens et non des intérêts commerciaux ou géopolitiques. Les travaux récents de la national commission du Medicines and Healthcare Products Regulatory Agency sur la régulation de l’IA en santé ont mis en lumière ces préoccupations.

Jenkins préconise de résister à la tentation d’imiter soit la domination de marché de la Silicon Valley, soit le modèle étatique chinois, et propose que le Royaume-Uni offre une voie distincte : une IA qui combine innovation, responsabilité démocratique, excellence scientifique et justice sociale — une forme de leadership conforme aux traditions britanniques et susceptible d’inspirer d’autres pays.

Prof Paul H Cleverley
Robert Gordon University, Aberdeen

Dr Claire Jenkins
Wollaton, Nottinghamshire

Related posts

World AI Conference 2026 à Shanghai : l’IA en vitrine mondiale

Sophie Laurent

WAIC 2026 : 3,01 Md$ d’intentions d’achat et une exposition record à Shanghai

Lucie Moreau

L’IA rend-elle la cybercriminalité plus furtive et efficace en Inde ?

Thomas Lefèvre

This website uses cookies to improve your experience. We assume you agree, but you can opt out if you wish. Accept More Info

Privacy & Cookies Policy